Comment économiser l'eau grâce aux toilettes sèches et au compostage ?
Les toilettes sèches et le compostage sont des solutions écologiques majeures qui vont au-delà de la simple économie d'eau. Elles permettent de sortir les déjections humaines du cycle aquatique, évitant ainsi la pollution, et de valoriser les matières organiques pour produire un humus riche, contribuant à la revitalisation des sols appauvris par l'agriculture intensive.
L'auteur rappelle que l'économie d'eau n'est que le troisième enjeu des toilettes sèches. Le premier enjeu est de ne plus introduire les déjections dans le cycle aquatique pour éviter la pollution de l'eau. Le deuxième est le retour à la terre par le compostage. Ce processus est essentiel pour reconstituer l'humus du sol, détruit par l'agriculture intensive, et transformer nos déjections de déchets en une ressource précieuse.
Le compost est un fertilisant puissant, souvent plus efficace que l'urine séparée. L'auteur souligne que l'enjeu des toilettes sèches est avant tout écologique, qualitatif et productif, et ne doit pas être réduit à la seule économie d'eau.
Le triptyque indissociable : toilettes sèches, compostage et traitement des eaux grises
Ce concept repose sur un triptyque :
- Les toilettes sèches collectent les déjections.
- Le compostage traite les matières solides.
- Le traitement sélectif des eaux grises s'occupe des eaux ménagères (cuisines, salles de bain).
La réglementation actuelle ne reconnaît malheureusement que les deux premiers éléments, excluant le traitement sélectif des eaux grises, pourtant simple et efficace.
La Toilette à Litière Biomaitrisée (TLB)
La TLB (Toilette à Litière Biomaitrisée), ou toilette à compost, utilise un réceptacle (souvent un seau en inox de 15 à 20 litres) dans lequel on ajoute de la litière sèche et carbonée après chaque passage. Cette litière a quatre fonctions principales :
- Absorber les liquides (urines) grâce à son caractère sec.
- Rééquilibrer le ratio carbone/azote pour favoriser un bon compostage.
- Neutraliser l'uréase : une réaction enzymatique qui transforme l'azote organique (non polluant) en azote ammoniacal (polluant) si les urines sont stockées seules.
- Neutraliser les odeurs.
Avertissement : Si les urines sont séparées et stockées seules dans un réservoir fermé, elles se transforment en azote ammoniacal après deux jours, ce qui est problématique pour la gestion de l'azote, un enjeu clé de l'assainissement. Une bonne TLB permet une neutralisation directe de l'uréase, empêchant cette transformation et évitant ainsi la production de nitrates polluants.
Les différents types de toilettes sèches et leurs limites
Il existe une grande variété de toilettes sèches :
- Les toilettes à séparation : elles séparent les liquides des solides, soit directement au niveau de la cuvette, soit par gravité (toilette au-dessus d'une chambre de compostage). L'auteur critique la séparation gravitaire qui recontamine les urines avec des pathogènes fécaux.
- Les toilettes à congélation ou à combustion : jugées farfelues, elles consomment inutilement de l'énergie et transforment une matière première valorisable en déchet.
L'auteur insiste sur le fait que les déjections doivent être considérées comme une ressource à valoriser, et non comme un déchet à éliminer. Le cycle traditionnel des WC à eau et de l'assainissement collectif est destructif et polluant, tandis que le système toilettes sèches (TLB) + compostage est productif et non polluant.
Les bonnes pratiques du compostage des toilettes sèches
Compostage au sol vs. étanchéité
La réglementation impose souvent une "aire étanche" pour le compostage, mais l'auteur interprète cette règle comme visant à éviter le ruissellement de surface en dehors de l'aire de compostage, et non une étanchéité à l'infiltration dans le sol. Pour lui, le meilleur compostage se fait à même le sol, car il permet un contact intime avec la vie du sol (pédo-faune, micro-organismes) et une bonne aération.
Pour assurer la conformité avec le texte, il suffit d'installer une tôle périphérique (15 à 20 cm), enterrée de 5 cm, autour du bac de compostage. Cela empêche tout écoulement de surface sans isoler le compost du sol, évitant la production de lixiviat (purin), un jus noir et malodorant.
Conseil : Débuter un tas de compost avec 5 à 10 cm de paille au fond permet d'absorber les premiers liquides. En effet, avec une TLB, le seau vidé contient des matières humides, mais non liquides, car la litière a déjà absorbé les urines.
L'auteur témoigne que sur une dizaine d'années, il n'a jamais constaté de lixiviat ni d'odeurs avec son compostage à même le sol, pourvu qu'il soit bien géré et couvert après chaque ajout de matière.
Conditions idéales pour un bon compostage
Deux conditions sont incontournables pour un compostage réussi :
- Un milieu humide : les urines dans une TLB fournissent cette humidité. Les toilettes à séparation, qui retirent les urines, nécessitent un arrosage du compost, ce qui est un contresens.
- Un milieu aérobie : le compost doit être ventilé. Pour un bac, des planches montées avec un petit centimètre d'espace entre elles favorisent l'aération. Placer le compost à l'ombre évite le dessèchement et la surchauffe.
L'auteur a pu observer la revitalisation de ses arbres fruitiers grâce au compostage de surface, avec des résultats impressionnants.
Les matières à composter : le bon équilibre
Il est recommandé de tout mélanger (déchets de cuisine, déjections). Cependant, certaines matières nécessitent une attention particulière ou sont à éviter en excès :
- Les coquilles d'œuf : elles ne se dégradent pas. Il est préférable de les broyer et de les donner aux poules (si vous en avez) pour qu'elles reconstituent leur calcium.
- Les déchets de viande et de poisson : ils n'apportent rien au compost et peuvent attirer les nuisibles.
- Les agrumes : leur acidité (le pH) n'est pas optimale et ils n'apportent pas grand-chose. À utiliser avec modération.
- Les cendres de poêle à bois : elles sont très riches en phosphore. À utiliser avec modération.
- La chaux : à éviter, car elle tue les bactéries et les micro-organismes, essentiels à la vie du compost.
Il faut éviter les excès et favoriser la diversité des apports pour un compost équilibré.
Les médicaments et hormones : le compostage comme solution unique
L'assainissement traditionnel ne traite pas les résidus médicamenteux et hormonaux (pilule contraceptive, etc.), qui sont rejetés dans le cycle aquatique et finissent dans les rivières, puis dans l'eau potable. C'est un cycle infernal et exponentiel que le compostage est le seul moyen de briser.
Le compost, grâce à sa puissance, peut dégrader ou neutraliser la plupart des résidus médicamenteux, les rendant bio-indisponibles (non actifs). Même si des traces peuvent subsister, elles ne sont plus actives et ne posent plus de problème de pollution. Le compost est le seul moyen réellement efficace pour casser ce cycle infernal des résidus médicamenteux.
Conclusion : Un enjeu fondamental et local
L'auteur insiste à nouveau sur l'importance de ne pas considérer les toilettes sèches comme une simple solution pour économiser l'eau, mais comme un enjeu écologique, qualitatif et productif. Il encourage les personnes intéressées par les toilettes sèches et le compostage à s'informer et à partager ces bonnes pratiques pour faire avancer la cause.
Rappel important : Le présent compte-rendu est un résumé de la vidéo. Pour des conseils personnalisés, notamment sur la législation française en matière d'assainissement non collectif et de traitement des eaux grises, il est recommandé de consulter un professionnel qualifié. L'auteur propose des services de conseil et de formation via son site web.
Questions fréquentes
Pourquoi l'économie d'eau n'est-elle pas le premier enjeu des toilettes sèches ?
L'économie d'eau est le troisième enjeu. Les deux premiers sont de ne pas introduire les déjections dans le cycle aquatique (pour éviter la pollution) et de valoriser les matières organiques via le compostage pour enrichir les sols.
Qu'est-ce que la TLB et quelles sont les fonctions de sa litière ?
La Toilette à Litière Biomaitrisée (TLB) est une toilette sèche qui utilise une litière sèche et carbonée. Ses fonctions sont d'absorber les liquides, d'équilibrer le ratio carbone/azote, de neutraliser la réaction d'uréase (qui produit de l'azote ammoniacal polluant) et de neutraliser les odeurs.
Peut-on composter à même le sol en France ?
Selon l'auteur, oui. La réglementation impose une "aire étanche" pour éviter tout "écoulement" (ruissellement de surface), pas pour empêcher l'infiltration dans le sol. Une tôle périphérique enterrée de 5 cm suffit à garantir la conformité tout en permettant au compost de rester en contact avec la vie du sol.
Quels sont les aliments à éviter ou à limiter dans le compost ?
Il faut éviter les coquilles d'œuf (ne se dégradent pas), les déchets de viande et de poisson (n'apportent rien et peuvent attirer les nuisibles). Les agrumes et les cendres de poêle à bois sont à limiter en raison de leur acidité ou de leur teneur en phosphore.
Le compost peut-il traiter les résidus médicamenteux et hormonaux ?
Oui, le compost est considéré par l'auteur comme le seul moyen réel et efficace de casser le cycle infernal des résidus médicamenteux et hormonaux. Le compost dégrade ou neutralise la plupart de ces substances, les rendant bio-indisponibles et non polluantes, contrairement à l'assainissement traditionnel.
Faut-il craindre de consommer des légumes qui ont poussé directement sur du compost fait avec des déjections humaines ?
Selon une étude citée par l'auteur, il y a très peu de transfert de pathogènes du compost vers la plante elle-même, et aucun transfert vers les fruits (tomates, courges). Il n'y a donc pas de danger à consommer des fruits ayant poussé sur ce type de compost. Cependant, il est déconseillé de consommer des légumes-racines (carottes, radis) ou des légumes-feuilles (salades) qui sont directement en contact avec le compost frais.
Source : vidéo « Les toilettes sèches et le compost » de la chaîne L'ArchiPelle — synthèse rédactionnelle indépendante.